Chronique d’avant l’apocalypse #11 – « Juste une paire de ciseaux »

La liste des chroniques que j’ai envie de partager avec vous s’allonge irrémédiablement, et je n’ai même pas encore commencé à parler de Fred Vargas alors que, punaise, c’est précisément pour pouvoir parler de son dernier livre sans faire fuir tout le monde que je me suis attelée à cette tâche. Ma plus grande frustration est de n’avoir pas le temps de chroniquer le démarrage de l’IEF chez nous, alors que c’est tellement bouleversant et pas en noir et blanc que je suis sûre que ça pourrait passionner plus d’une personne ici lectrice.

Mais bon, comme Jacques Chirac est mort, je profite pour vous parler de la méthode pas loin de l’auto-hypnose d’un autre Jacques, Martel de son petit nom. C’est un truc que j’ai découvert en fouinant sur l’un des cent-cinquante-dix-huit groupes dans lesquels je papillonne sur facebook. Un groupe qui réunit des personnes hypersensibles. Il faut savoir que les hypersensibles, en large majorité, sont sujets à la mise en place de dépendances affectives particulièrement intenses, critiques et douloureuses. En réalité je suis persuadée que ce n’est pas lié à l’hypersensibilité en soi, mais à la fragilité de la structuration narcissique liée aux violences éducatives ordinaires qui étaient massivement la norme dans l’enfance de ma génération. L’hypersensibilité, dans l’histoire, ça ne vient faire qu’amplificateur de réactions, et c’est un amplicateur puissant. Ou plutôt anti-anesthésiant, ce qui revient au même, avec d’autres lunettes.

Bref, tout ça pour dire qu’en matière amoureuse, un paquet d’hypersensibles cherche encore et toujours comment atténuer le mécanisme. Et c’est donc en glanant dans ces discussions que j’ai découvert Jacques Martel. Le monsieur est canadien, et s’il vivait en France, je vous garantis sans prendre aucun risque qu’il serait dans le collimateur de la Mivilude en moins de temps qu’il n’en faut pour appuyer sur un interrupteur (le gars, avant de toucher à la psycho sous toutes ses formes sauf la psycho, était électricien).

Néanmoins. L’exercice que les personnes citent si souvent est le suivant : quand vous êtes pris dans la nasse d’une relation avec dépendance affective, pour la rompre, vous pouvez (tenter) d’utiliser la technique suivante : sur papier (brouillon, recyclé) vous dessinez (au crayon issu de forêt gérée durablement) deux bonhommes (ou plus) : vous et la personne à laquelle la relation vous fait souffrir, et vous reliez les deux bonhommes par 7 traits au niveau des 7 chakras du yoga, ou du reiki (le mec fait du reiki) – ne me demandez pas si ce sont les mêmes, je n’en sais rien. Ensuite vous prenez un joli ciseau (ancien, sans plastique) et vous coupez au milieu.

Alors à ce stade, il y a plein de gens qui le prennent en pensée magique. Je coupe, une puissance s’exerce, je casse, et le monde change. Je suis Dieu. Nan. Définitivement nan. Si vous le prenez comme ça, croyez-moi, c’est que sur le chemin de la réparation du défaut de structuration narcissique, vous avez encore de nombreux kilomètres devant vous. Si vous ne comprenez pas pourquoi je dis ça et que ça vous met en colère, aussi, mais vous êtes en bonne voie. Si ça vous donne envie de pleurer, vivez le moment, c’est que vous avez trouvé une clé.

Ce qui m’intéresse dans cette histoire, c’est que c’est un support quasi hypnotique (au sens de l’hypnose médicale) de substitution d’un mécanisme de volonté conscientisée en lieu et place d’un schéma de dépendance vécu comme subi. Voyez comme je prends des pincettes. Autrement dit ce qui marche, c’est que si vous prenez le ciseau, en réalité, vous prenez une décision active, sans forcément vous en rendre compte vous changez de posture, et de là, vous modifiez le programme de VOS schémas d’action profond. Un iota. Mais on peut tout changer à partir d’un iota. Pensez donc à Beatrix Kiddo, dans Kill Bill : elle commence par bouger un orteil. Ben actionner le ciseau, c’est remuer un orteil. A partir de là, c’est tout votre schéma de pensée qui peut être modifié… et donc concrètement, vous allez découvrir, consciemment ou non, que dans la dépendance on est actif, ce qui signifie qu’en modifiant votre schéma d’agir, vous allez, VOUS, moins vous mettre en dépendance. A terme. Avec de l’espoir. Et du chocolat. Parce que ça ne se fait pas en un jour, et qu’il y a des rechutes. Accrochez-vous.

En tous cas ce qui est certain c’est qu’à aucun moment vous n’aurez eu de pouvoir sur l’autre. C’est sur vous-même que vous agissez.

Oui, mais, ma douce, me direz-vous, le rapport avec Jacques Chirac ?

Je vous l’accorde.

Le rapport c’est que Jacques Chirac, dont vous pouvez lire les élogieuses nécrologies (que je ne lis pas pour ma part, mais je les devine car je sais à quel point « on parle bien des morts ») n’a pas été condamné pour le quart des responsabilités qu’il portait, et en tant que leader politique est entièrement co-responsable du merdier climatique dont nous héritons aujourd’hui, merci Jacques.

Du coup, je me dis que, si vous vouliez tenter l’expérience avec moi, on pourrait peut-être un jour arrêter de s’auto-persuader qu’on n’a pas d’autre choix que ces dirigeants-là, en allant au moins pire. Arrêter de croire qu’il est nécessaire pour être civilisé.e de les considérer comme des « grands hommes » qu’il est séant de pleurer avec dignité. Regarder avec un étonnement curieux, doux et scientifique les gens qui les pleurent, au lieu d’être accusé de blasphème parce qu’on rappelle les faits dont ils sont coupables. L’autre jour, sur un autre des trois-cent-trente-douze groupes que je suis, quelqu’un résumait : « donc le salut de l’espèce repose sur la capacité d’empathie d’une grosse centaine de pervers narcissiques puissants ? » – et, ouais, il faut l’avouer, c’est un peu l’idée. Peut-être que la première étape ce serait donc de s’autoriser, dans notre esprit, à ne plus penser que ces dirigeants-là nous sont essentiels. Voire se mettre en condition d’en attirer des plus altruistes.

Peut-être qu’on pourrait tous se dessiner sur une feuille, et en face un bonhomme représentant la figure du dirigeant qui fait passer sa réélection et les intérêts de la croissance avant l’avenir de l’humanité et de la planète, et le budget de sa communication médiatique avant celui de l’éducation – au hasard. Ou bien en l’incarnant – choisissez qui vous voulez, ça ne manque pas.
Et puis on tracerait les liens.

Et on couperait.

Chiche.

Peut-être que le lendemain, on se sentirait un chouilla mieux et un iota plus capable d’agir.

Avec de l’espoir. Du temps. Et du chocolat.

Les ciseaux sont dans le tiroir en bas à gauche.

(ouéééé… le chocolat. Je sais.)

#jacqueschirac
#climatechange
#FridaysForFuture

version-samuel

Chronique d’avant l’apocalypse #10

Alors déjà, pour les potes graphistes, je signale que dans le cadre de l’IEF (instruction en famille) je commence à co-gérer ce blog avec mes enfants, et donc le responsable du code couleur c’est NumberOne qui, est, signalons-le, ça vaut la peine, daltonien type Nagel.

[Pourquoi est-ce qu’elle met toujours des notions sans les expliquer ? – pensez-vous le nez dans votre 3e café du mardi matin – je compatis. Pour une raison simple et opérationnelle : si la question vous intéresse, vous chercherez. Google est votre ami (non pardon, ce n’est pas exactement vrai, mais enfin, bon, bref, quoi). En tous cas ce qui est sûr c’est qu’on ne retient que ce qu’on a cherché par soi-même. Du coup je m’épargne une explication qui ne vous intéressait pas (Nagel) et qui me prenait du temps pas méga utile, alors que celle sur les modalités d’apprentissage et de mémorisation ne vous intéressait pas non plus, mais j’ai l’impression que c’est du temps perdu utile, laissez-moi vivre en paix mon sentiment d’utilité, je vous remercie ♥]

Bref, pour revenir à Gray, ce qu’il explique, c’est que les enfants jouent pour apprendre, tout le temps et en permanence. Ils jouent pour s’adapter au monde dans lequel ils atterrissent et y survivre. Concrètement, du haut de ses trois bougies presque quatre, mon dernier-né (qui est en motricité libre, y compris en draisienne dans la rue, je vous laisse imaginer à quel point je suis une mère inconsciente) joue énormément aux voitures. Il intègre. Et les enfants à Auschwitz jouaient encore, tant qu’ils en avaient la force, à des jeux permettant de renforcer leur capacité de dissimulation (on te cache la tête avec un tissu, quelqu’un te frappe, tu retires le tissu et tu dois deviner qui. Et surtout celui qui a frappé ne doit pas se faire repérer). Monde cruel, jeux cruels. Si votre enfant joue à GTA comme un pro à 10 ans, et en supposant que cela vous inquiète… inquiétez-vous au bon endroit. C’est-à-dire inquiétez-vous du monde dans lequel vous le faites vivre et auquel il est en train de s’adapter, pas de l’enfant. Les miens dégomment des zombies dans Minecraft – en y construisant des kilomètres de circuit de train automatisés – je vais éviter d’y penser trop ce matin.

Autrement dit, si je rêve qu’un jour mon petitou partage mon utopie d’un monde dépollué avec des vélos partout, ça ne sert à rien que je lui achète des figurines de vélo (j’ai essayé avec le premier, j’étais jeune). Il va continuer avec les voitures PARCE QU’IL EN A BESOIN. Je peux le forcer évidemment (mais je ne garantis pas la paix dans le monde avec le résultat d’un adulte formaté par contrainte). Mais si je veux vraiment être efficace, il faut que je construise un monde blindé de vélos, partout, et là, il jouera au vélo. Je vais peut-être aller migrer aux Pays-Bas, du coup ?

Dans le fond ça rejoint clairement ce que dit Greta quand elle nous assomme avec son « et vous comptez sur les enfants pour être les espoirs de l’humanité ? sérieusement ? »… non les enfants ne sont pas nos espoirs. C’est à nous de leur construire un monde où ils puissent avoir de l’espoir.

Et ça, ça change un peu la donne.

Chronique d’avant l’apocalypse #9 « L’inverse de l’addiction n’est donc pas l’abstinence mais le lien social »

C’est particulièrement vrai pour nos enfants/ados « accros » aux écrans.
Avec un groupe de copains/copines à rejoindre et des terrains de jeux passionnants à explorer à leur rythme, ils sortent, sans aucun doute possible.
Rappelez-vous, quand vous aviez 10 ans avec le Petit Nicolas. C’est pas la télé qui vous arrêtait.
Ce n’est pas que les nouvelles générations soient indécrottablement accrochées à leur smartphone, rendues débiles par une technologie à laquelle elles ne peuvent résister.
C’est que ce sont des générations privées de liberté de mouvement. De liberté d’explorer. Privées de confiance et d’autonomie …à partir de quel âge ? Deux ans en moyenne. On a même inventé un nom à cette limite, celle où la demande d’autonomie de l’enfant rencontre la peur du parent qui commence à dire « non » : on appelle ça le « terrible two ». On dit que ce sont eux. Alors que c’est nous. Nous, les adultes. Parce que les adultes ont peur. Enfant, privés de liberté fondamentale, de 6h30 du matin à 21h, horaires qu’ils choisissent rarement, chaque putain de jour de chaque putain de semaine, week-end compris. Les adultes ont peur pour les gosses, ou peur d’eux-mêmes allez savoir, c’est la même chose, peur du dehors, pourtant le dehors c’est eux qui le font, activement ou passivement. Si personne ne prend sa voiture, il n’y a personne pour écraser ton petit, ma belle. Si tous les adultes s’indignent de la culture du viol au lieu d’en rire grassement en réunion, personne ne violera ta gamine, mon beau. Et ils ont peur du dedans, les adultes, de leurs gamins mêmes, qu’il faut occuper, occuper, sinon… sinon quoi ?
Les jeunes générations, elles s’adaptent : socialisent en virtuel, dès qu’il est accessible ou se droguent à la lumière bleue, addiction. Je les trouve si fortes, si longtemps. Elle n’abdiquent pas avant des années, avant… le travail, en général.
Et nous, qu’est-ce qu’on fait ? On limite les écrans. On légifère dans l’intime. On renforce le rapport de force. Ou on abdique. On place encore plus l’enfant à la place du débile (au sens propre, le faible, qui ne sait pas, en qui on ne peut pas avoir confiance). On se plaint d’eux en rigolant avec humour sur facebook « si tu veux voir ton ado, déconnecte le wifi ». Ils me font rire ces visuels. Mais si, je suis comme tout le monde. Et pas rire en même temps. On se dit que c’est normal parce que les autres ont les mêmes.

Sommes-nous donc des moutons ?

De ma prison, je m’échappais dans les livres, Myst et mon imagination. Et vous ?

Alors qu’on devrait raisonner nos peurs. Et surtout, changer le monde. Pour qu’il redevienne explorable. Et c’est pas en écrasant l’autre chaque matin qu’on va pouvoir y arriver.
Mais changer le monde, ça demande tellement de temps. Rien que de penser le truc, des mois. Moi il y a deux mois, je tenais encore ce discours limitant, pour le bien de mes gamins. Merci Maja. Tu m’a secouée, je t’en ai voulu, mais j’ai bougé. Retrouver la capacité d’agir, encore des mois. Je vous dis même pas comment c’est dur, les démarrages de l’ief chez nous. Ou d’oser écrire une chronique en colère.
Et le temps c’est pas comme si on en avait, hein ? On bosse. Du matin au soir. Parce qu’il faut croûter. Et c’est vrai, comment faire sans ? En plus, faire effort c’est vertueux. Personne ne nous le reproche. On le reproche à ceux qui ne le font pas. On les fliquent. De plus en plus fort, vous avez vu ? On nous a dressés à faire effort et avancer dans le sens du fleuve.
Il y a juste eux qui s’abiment dans leur interface au lithium.
Et si on changeait de lunettes ?
Ce faire effort, en réalité, c’est une zone de confort. Comment ferez-vous avec votre 45h/semaine (qui travaille réellement 39h ?) s’il n’y a plus d’eau ? Vous capterez celle qui reste au collectif parce que vous avez l’argent pour ? S’il fait trop chaud, vous climerez plus fort en mettant le son plus fort aussi pour ne pas entendre le cri de ceux qui n’auront plus accès à la monnaie pour payer l’électricité et qui crèveront de chaud ? Combien de temps allez vous tenir ? Tenir en restant à l’écart de ce qui est une guerre ? Et tenir à l’intérieur sans vous effondrer devant votre coeur de pierre ?

Ce n’est pas votre question, vous serez mort ? Que vous croyez… et quand bien même, ce sera la question de vos filles, de vos fils : c’est cela que vous voulez pour eux ? Sur ces rails-là que vous voulez les mettre ?

Changer le monde sans sortir des rails, c’est juste… pas possible.

Nous avons un besoin vital de retrouver la maitrise de notre temps. Parce que nous sommes pleinement capables de l’affecter au service de la collectivité. De notre plein gré.
Oui mais lui, là, qui va profiter sans rien faire ? Changez d’objectif, regardez-le à l’infrarouge : vous voyez comme il est glacé de l’intérieur ? Vous voulez vraiment lui en vouloir ? Il est malheureux. Personne n’a envie d’être à sa place. Vous voulez vraiment vous empêcher de profiter de faire sens au monde pendant votre court séjour à cause de lui ?

Ne croyez-vous pas qu’on mérite de vivre sans avoir le rappel que nous écrasons quelqu’un d’autre chaque fois qu’on enfile son slip (made in China) qu’on va au tri (dont on ne sait pas s’il sera vraiment trié ou partira dans une décharge sauvage en Indonésie) ou qu’on regarde la mer (en se demandant combien sont morts dedans cette nuit pour que notre zone de confort soit préservée) ? Qu’on mérite de vivre en réalisant ce pour quoi on est vraiment lumineux dans le monde et sans sacrifier le reste pour cela ? A son rythme ?

Ne croyez-vous pas qu’on mérite des enfants qui jouent ?

#partagerçaaide
#ecrans
#lienentreenfanceetcrise

Lecture support :

https://www.huffingtonpost.fr/johann-hari/causes-addictions-drogues_b_6643266.html?fbclid=IwAR0-7o9hPd8Eu5z0UoHiWxA_uWMYxLdJP5BNxVXdLHfskRiUguy7XGn8kls

MG_5427sans-titre

Chronique d’avant l’apocalypse #7 « Privilège »

Je ne peux pas poursuivre ce chantier des chroniques sans passer par la case « privilège ».

J’essaie d’imaginer comment un burkinabé peut réagir à nos plaintes collectives face à la multiplication des canicules. En particulier dans un monde post-colonial. Je pense au Burkina parce que j’ai eu une amie qui y a été expat et je me rappelle mon hallucination face ou débat « climer ou ne pas climer à 28° (température de la clim, 28°, l’extérieur étant en gros 10° au-dessus de ça, à l’ombre, en permanence – je simplifie pardonnez-moi) » – à l’époque je n’avais pas eu d’enfants, ma circulation se portait bien, je n’avais pas de petit asthmatique à mes côtés non plus et les deux mois de chaleur habituelle par ici m’étaient très supportables. Non, il n’y a pas de clim à la maison et c’est pas demain la veille.

Ou bien l’enfant yéménite quand l’européen se dit qu’il va falloir manger moins de viande et que ça le saoule. J’ai la photo de Véronique de Viguerie gravée dans les yeux. J’avais acheté le numéro que Reporter Sans Frontières lui a consacré en début d’année. A cette page j’ai fermé le magazine et j’ai commencé à pleurer.

Ou la mexicaine qui achète son litre de coca – pour pouvoir boire parce que l’eau ne coule plus au robinet, et le puits est tari – quand l’occidental (toujours lui) dont le système économique et social a accouché de coca-cola, la société qui pompe la nappe phréatique de son village, lui fait la morale sur le continent de plastique. Je ne suis pas complètement sûre de la structure de ma phrase, mais vous avez bien compris que c’est le bordel.

Ou encore quelqu’un, où que ce soit dans le monde, qui va chercher trois cubis d’eau deux fois par semaine à la canalisation quand elle coule, c’est-à-dire pas tout le temps, avec sa brouette, après deux heures de queue, quand ici certains se demandent s’ils vont se priver d’eau en bouteille ou pas pour passer à l’eau du robinet avec une consommation de 137 litre/jour/personne en moyenne. La question de l’eau, c’est celle qui me parle avec le plus de pédagogie pour illustrer le fait que si on parle d’effondrement, ça ne s’effondre pas d’un seul coup (on y reviendra) ni partout à la même vitesse, d’où l’enjeu du privilège.

Je me demande ce que pense un réunionnais quand le métropolitain de préférence en col blanc lui assène qu’il est amoral de vivre sans travail – que la vertu c’est d’être rémunéré pour son travail et vivre autrement, le vice – comme s’il y avait du travail rémunéré pour tous, d’une part, et comme si tous les travaux rémunérés étaient réellement utiles dans la conjoncture actuelle, d’autre part. (Personnellement j’ai un léger doute quand à l’utilité réelle des revendeurs de merdes en plastique pour kermesses et foires par exemple, je n’en pense pas moins des vendeurs d’armes, et je ne vous dis évidemment rien du métier de Kerviel, on a déjà assez tapé dessus – et comme d’habitude vous avez évidemment le droit de ne pas être d’accord avec moi).

Oh la terrible modification de mode de vie à laquelle nous devons nous atteler, vraiment, c’est affreux. Retour des maladies éradiquées, tuberculose, typhus… ? Mais vous, là, avec le t-shirt « Che Gevara » made in China qui vous plaignez (non pas vous, vous je sais bien que vous y avez pensé) vous vous êtes déjà soucié de l’état de la recherche sur le paludisme avant d’envisager que la malaria puisse vous concerner un jour ?

J’ai beau le tourner dans tous les sens, nous sommes tellement engoncés dedans qu’il n’y a pas moyen d’y échapper. C’est systémique. On est privilégiés, chez nous, parce qu’on naît chez nous, tout simplement.
Même en allant vivre sur une ZAD ou en autonomie, quand vous êtes malade, c’est retour à la case système de santé, et si notre système de santé est (encore plutôt) fonctionnel, (quoique si vous avez suivi, exsangue) c’est parce qu’il est fondé sur un système économique qui en exploite d’autres ailleurs. Vous pouvez le tourner autant de fois que vous le voulez dans tous les sens, à chaque fois que vous faites un pas sur le bitume avec vos chaussures équitables vous embarquez avec la cohorte de artificialisation-des-sols-pétrole-droit-des-femmes-dans-les-pays-du-golfe-transports-internationaux-réseaux-routiers-conditions-de-travail-des-producteurs-et-des-camioneurs… et je m’arrête là.

Changer de lunettes ?
Pour mettre lesquelles ? Celles du déni ? Celles du « je n’y pense pas tout le temps » ?
Ou alors se mettre vraiment en cohérence : vendre tous ses biens et aller vivre avec la mexicaine. C’est un motif qui n’a rien de neuf. J’en connais d’aucuns qui diraient qu’il est aussi facile d’être mentalement confortable en disposant de nos privilèges sauce 2019 qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille, si ça vous dis quelque chose.

Non, je prétends ne faire ni l’un ni l’autre.

Je suis coincée à cet endroit du schmilblick – de l’Histoire et de la planète, je vais y faire ma part, en essayant de limiter l’impact de mes privilèges, en essayant de lever les freins de celles et ceux qui sont freinés, en pensant à autre chose que juste à ma pomme, mais je suis coincée dedans, avec trois enfants à charge, alors je pense dedans, et j’agis dedans.

Je vais prétendre, et je vous embarque avec moi si vous le voulez bien -je ne force personne (c’est un challenge : la phrase à placer à chaque article, non je déconne)- que nous avons la force de porter ces lunettes-là ET de tenir debout, de regarder dedans ET de ne pas être paralysé.e.s, d’avoir la conscience du paradoxe permanent ET d’être présente au monde, « en même temps ».
Je vois pas mal d’articles qui utilisent de plus en plus ce « en même temps », et en bonne huguenote, je me dis que Luther dans sa tombe, puisque contrairement à Calvin, il en a une identifiée, doit en être satisfait, avec son « simul » de 1512 et des poussières (comme quoi, ce n’est pas neuf non plus, et c’est trèèèès fonctionnel, comme concept – préparation d’une future chronique en étude des religions). Rassurez-vous je ne vous endoctrine pas, j’ai viré résolument agnostique, dieu me préserve.

Donc nous pensons avec privilèges et nous agissons avec privilèges, et je ne vois pas comment en sortir alors je vais continuer. Mais il me semble que le minimum de décence, c’est d’énoncer cette conscience du privilège. Sinon, pour celle/celui qui est de l’autre côté de la frontière du privilège, ce n’est juste pas audible. Déjà que, avec, je ne suis pas sûre que cela le soit, mais alors sans, je suis positivement certaine que cela manque sérieusement de décentrage.

Question de cohérence.

Photo : abords de la plage du David, Marseille août 2019. Sous très nette influence du travail de Martin Bogren.

69666540_1290008061158907_3225363174773489664_o

Chronique d’avant l’apocalypse #6 « Manifeste pour le droit à la complexité et au temps »

L’Amazonie brûle.

Et puis, surtout, depuis trois semaines. Les forêts d’Afrique subsaharienne aussi. Et celles d’Indonésie. Celles de Sibérie il y a quoi… 15 jours ? avec un petit « accident nucléaire » sur une base militaire russe en option. Et l’an dernier ces incendies monstres au Canada.
Et puis c’est pas comme si on avait vécu dans l’été (de l’hémisphère Nord) le niveau de fonte des glaces du Groënland attendu théoriquement pour 2050, sans oublier la disparition de l’Okjökull, glacier islandais de 16 km2 il y a cent ans, le premier d’une longue liste de disparitions de glaciers annoncées. Avec chez nous deux canicules qui ont bien secoué les consciences, des fois qu’on aurait des doutes.

Je ne sais pas pour vous, mais chez moi, l’Amazonie qui flambe c’est légèrement (re)paralysant. Rapide retour de l’état de choc. Cette histoire de courbe du deuil n’est pas linéaire.

J’ai lu.

« L’Amazonie était-elle encore le poumon vert de la planète ? » – alors mec, dirait mon fils, je sais bien qu’il y a un fondement scientifique derrière la question, la-forêt-qui-n’était-plus-un-puits-à-CO2 (oui mais les émissions liées à l’incendie et le ravage de l’écosystème), mais c’est loin d’être le seul enjeu. L’Amazonie, je l’ai apprise à l’école, la plus grande forêt du monde, son fleuve immense, la canopée, le sol où la lumière ne pénètre pas, la timidité des arbres, les boas ( les boas ?) sans compter le marsupilami. L’endroit mythique où je n’irai jamais mais qui est quelque part à sa place, là, dans ma tête, et pas que dans la mienne, je vous signale qu’il y a un boa (un boa ?) dans le tome 1 de Harry Potter (il faudra que je vous parle d’Harry Potter aussi). Il n’y a pas que les arbres qui brûlent, c’est une part de l’imaginaire qui part en fumée avec, ce « j’ai connu une époque » qui ne sera plus. Bien sûr tout change, rien n’est stable, tout ce à quoi on s’attache disparait, toujours. Cela ne veut pas dire qu’on est habitué.e.

J’ai encore lu.

Est-ce que ça accélère le scénario ou l’Amazonie devient savane ? Sachant qu’il fait de toutes façons partie de l’hypothèse à +3° ? Comment vont évoluer les écosystèmes ? Stooop ! Attendez. Je digère encore la possibilité du climat de Barcelone à Londres et de Canberra à Paris (et je vous la fais light).

Et puis j’ai lu l’impuissance politique et citoyenne. Non parce que, sérieusement, la catastrophe Bolsonaro contre l’Amazonie, c’est pas comme si c’était une découverte subite, non plus, n’est-ce pas ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas un mécanisme juridique planétaire pour crime contre la planète ? Il faudrait du monde dans les services : y’a un paquet de dossiers d’industriels et de politiques à traiter. De quoi virer rêveuse à voir passer les publis anar tendance non pacifiste qui font remarquer que sur les continents américains, on a assassiné Kennedy, Luther King et Allende, mais pas Trump et Bolsonaro, allez comprendre… Mais je suis résolument pacifiste. Du côté de King et d’Allende.

Et enfin, l’épineuse question : le collègue qui partage-pleure un post sur l’Amazonie qui brûle (mieux : en colère parce que la couverture a été moindre que celle de l’incendie de Notre-Dame – je me permets parce que personnellement je l’ai fait) tout en mangeant de la viande à chaque repas, je lui démonte son post maintenant ou bien je vais juste faire un footing pour me détendre un chouilla ? Meuf (varions) dirait mon fils, moi dans ces cas-là, je lis de l’allemand à haute voix. Oui je sais, mais ça me relaxe.

Je rigole (jaune), mais au milieu ma pensée se (re)paralyse vraiment. Ai-je moralement le droit de prendre le temps d’écrire des mots, de travailler sur une critique complexe du dernier Tarantino, de fixer des photos sur la vie dans les EPHAD alors que l’Amazonie brûle ?
Je suis certaine que vous avez des questions similaires.

A ce moment-là, je repense à la pelote bien emmêlée qu’est tout ce bordel – concept ancré grâce à Fred Vargas, mais c’est promis, je vous parle d’elle bientôt – et je me dis qu’il est urgent de reprendre mon fil. Celui de la chronique #4. (Celles et ceux qui suivent auront noté que j’ai sauté la #5, je vous tiens en haleine -enfin si vous voulez, je ne force personne – la réponse est plus bas). Donc mon fil, je l’assure d’une boucle supplémentaire au poignet et je le tiens bien serré : on aide à faire grandir des enfants sans violence, avec une estime de soi et une capacité d’empathie, sur le chemin on change soi-même et tout s’enchaîne par cohérence. A temps ou pas, on verra bien, au moins, on aura essayé. Au fait, c’est quoi votre fil à vous ? Je suis curieuse.

Digression. En 2010, j’ai suivi en formation continue le formidable master Economie Sociale et Solidaire de Nadine et Francesca (Aix-Marseille 2), les anciens reconnaitront, qui a changé mes lunettes durablement, c’est le cas de le dire (et je n’ai PAS dit « développement » #préventiondelacritique). On y avait travaillé sur la question des circuits alimentaires. Je me rappelle très bien un phénomène dans le groupe, à propos des grandes surfaces qui donnaient leurs surplus aux associations d’aide alimentaire pour les personnes en situation de pauvreté, n’ayons pas peur des mots. Il était inaudible pour une partie des étudiants qu’on puisse questionner le système, en soulignant qu’il n’était qu’une prolongation du capitalisme libéral – à l’origine du problème. Oui je vous explique : ça permettait auxdites grandes surfaces d’éviter de payer pour la gestion de leurs déchets. Donc de faire des gains par évitement de coûts, sur le dos des pauvres. Pas sûr que ce soit si cool. « Mais les gens ont faim ! Heureusement que ça existe ! »
Résultat : ceux qui n’ont pas questionné à ce moment là doivent maintenant se coltiner l’effet de l’appli TooGoodToGo… de plus en plus de grandes surfaces donnent leurs surplus désormais via cette appli et non plus aux assos, logique hein (enfin dans la leur, de logique) : en plus d’économiser le traitement du déchet (toujours) elles peuvent désormais dégager une marge dessus, alors, forcément. J’ai vu dans les groupes fb des gens s’énerver parce qu’ils se sentaient culpabilisés par lesdites assos qui s’en plaignent, alors que, eux aussi, ils étaient presque pauvres et ne faisaient qu’essayer de s’en sortir et…. Guerre entre pauvres. Bravo. Joli. Effet systémique dans toute sa beauté. Le G7 se frotte les mains. Et il y a plus de personnes en situation de pauvreté (parce que l’état économique ne détermine pas les personnes) aujourd’hui qu’il y a 10 ans.

D’où mon propos, suivez-moi : même au cœur de l’urgence, on a toujours – il est vital de s’accorder – le droit de penser complexe. De prendre le temps du recul. De remettre en question les fondements. D’interroger les solutions là où elles accrochent et même si, j’insiste, l’urgence est absolue. Si l’on vous dit, n’importe où, que la situation est trop urgente pour penser, réflexe, interrogez le système. Même si c’est un système de solution. Vous avez le droit.

Du coup un jour, en plus de Vargas et de Harry Potter, je vais vraiment vous parler du dernier Tarantino, même si c’est suicidaire du point de vue de la gestion de blog. C’est la chronique numéro #5 en fait, mais comme je l’ai sauvagement psychanalysé jusqu’à la moëlle, je spoile tout, alors, j’attends la fin de l’exploitation en salles.

Bref, si je reviens à nos moutons, mais je crois bien que j’ai perdu le troupeau, les réseaux sociaux poussent à la brièveté, tout dans la première phrase, pression à respecter le « format qui marche ». Mais, peuchère, est-ce à nous de rentrer dans le format de facebook ? Est-ce qu’on peut sérieusement penser l’Amazonie qui brûle en trois lignes ? Avec ce qu’elle représente ?
Dans l’urgence, il est urgent de s’accorder du temps. C’est un chouette paradoxe, du genre dont on a bien besoin en ce moment. Et de hacker la logique des réseaux en les transformant, eux, en nos outils, plutôt que nous, en leurs produits.

Alors oui, vous allez pendant longtemps pouvoir me dire que mes textes sont longs. Cela me dit surtout votre habitude d’un certain formatage. Complexifions. Si vous êtes arrivé.e.s jusque là, c’est que vous en avez besoin autant que moi.

L’Amazonie brûle. Levez les yeux, prenez une photo du ciel. Eventuellement, postez-là dans le groupe Ciels ! Skies ! Dans ces moments-là je n’ai rien trouvé de mieux pour confronter l’écrasant sentiment d’impuissance.

Photo : #Allauch, 22/08/02019 20h00

69410462_1283943798432000_6289202774257172480_n

Chronique d’avant l’apocalypse #4 « Ce dont en France personne ne parle à propos de Greta Thunberg »

Cette chronique me tient vraiment à cœur. J’ai été jusqu’à lire des extraits de bouquins en suédois pour, alors, si jamais vous allez au bout et qu’elle vous parle aussi, aidez-moi à la diffuser, s’il vous plait. Je rêve vraiment qu’on en parle, de cela.

« Cela » c’est le climat – non, non, je suis désolée, ça va pas le faire, je reprends – c’est l’ambiance dans laquelle elle a grandi. Mais c’est dingue, quand même. Personne en France ne semble se demander comment Greta Thunberg est simplement possible. En même temps, c’est assez logique. Il y a plusieurs indices, pourtant, et à les lire, je suis sûre que mes copines vont réagir :

– Greta Thunberg a grandi en Suède
– Elle est parfaitement autonome (plus autonome que ça tu meurs)
– C’est une fille, elle a 16 ans, elle a un syndrome d’Asperger, et elle est diagnostiquée
– Mieux : elle est parfaitement capable d’en parler, de faire avec, de s’en servir

Vous le voyez mieux là ?

Non ? Bon, j’explicite.

Greta Thunberg est une adolescente capable d’affronter une réalité absolument terrifiante, sans déni, de dépasser la dépression, de réagir en allant défier seule un système social établi et d’entrainer avec elle des millions de personnes – tout en se mettant à dos tout ce que les sociétés occidentales comportent de sexistes, adultistes, handicapophobes et évidemment climatosceptiques ayant beaucoup à perdre, pouvoir, richesse, confort, s’il leur fallait réellement se soucier du climat – ce qui en soi est une validation. Je connais peu d’adultes avec les mêmes capacités, intactes.

Bien. J’essaie de l’amener doucement.

Greta Thunberg a une personnalité unique et un courage incroyable, mais elle est aussi le produit d’une société. On a les générations qu’on mérite.

Premier point : la sacro-sainte autonomie. « Tu l’habitues mal, il/elle ne deviendra pas autonome ». Dans la mesure où la Suède a aboli les violences sur enfants sous toutes leurs formes en 1979, autrement dit que Greta est l’enfant jamais frappée ni mise sous pression psychologique de parents qui eux-mêmes ont été épargnés, on peut facilement affirmer qu’elle a grandit sans la fameuse claque soit-disant salutaire, et très probablement sans séparation précoce d’avec ses figures d’attachement – mère et père visiblement – dans sa petite enfance. Et elle est clairement autonome. Alors défendez sans soucis votre éducation permissive, non violente, mettant les enfants sur un pied d’égalité avec les adultes, et dormez avec si ça vous chante pendant le temps que vous voulez… tout ce que vous risquez c’est qu’ils prennent un bateau sans vous pour sauver le climat dans peu d’années. Vous allez voir, ça va vous aider pour le prochain repas de Noël, notez-le dans un coin. Evidemment, vous allez lever le débat sur le climat avec l’exemple, et je ne suis pas certaine que ce soit plus reposant, mais on ne peut pas tout avoir.

Bon ça, c’est reglé.

Maintenant, le spectre autistique et le syndrome d’Asperger. Il faut savoir que le syndrome d’Asperger (autisme sans déficience intellectuelle, #jerésume, les aspie pardonnez-moi la réduction) est bien mal diagnostiqué de par chez nous d’une manière générale. Les parcours sont déments, les diagnostics tardifs, et une partie de la psychiatrie n’en a pas fini avec le pire de la psychanalyse en matière de culpabilisation des mères – en particulier, mais punaise, qu’ont-ils tous avec leurs mères ? – comme responsables des troubles de leurs enfants. Mais chez les filles, c’est encore pire. Parce que les filles sont socialisées davantage pour se conformer et ne pas dépasser, ou pour des raisons génétiques, je vous avoue, je ne suis pas une pro, en tous cas le résultat est que les formes de l’Asperger sont encore plus compensées chez elles, et prennent des visages qui paraissent bien plus acceptables. Par exemple une passion pour le cheval tout en se retrouvant toujours le bouc émissaire du groupe, bon, mais les filles et le cheval, hein et puis c’est un milieu très compétitif alors… alors on passe à côté. Et les gamines compensent. Et puis un jour, adultes, elles mettent des mots et… allez voir les blogs, c’est édifiant. Décoiffant même.

Petite parenthèse perso, moi qui suis maman d’un petit qui a autour de lui orthophoniste, pédopsy et psychomot à l’occasion, lesquels ne sont pas d’accord entre eux sur le diagnostic, Asperger ? TDA sans H ? ou juste dys ? … et à qui on a déjà dit que c’était moi qui produisait les symptômes – et aussi que le collègue était un brêle – je peux vous dire que c’est vraiment galère. Et pourtant c’est un garçon. Cela dit c’est un garçon vaguement iel, alors, peut-être #ceci #cela. Que c’est dur d’être concentrée sur un seul sujet. Je reviens.

Donc Greta Thunberg a non seulement été diagnostiquée, mais elle a été accompagnée d’une manière qui lui a permis d’être elle-même – et non de se shooter pour rentrer dans un moule – en développant une résilience que personnellement, j’envie.

A cela au moins deux raisons.

La politique de son pays. La Suède a interdit les violences ordinaires en 1979, je me répète, mais c’est important. Je n’étais même née. Punaise j’aurais pu éviter quelques coups et humiliations et mon frangin de l’eau froide. Elle n’a pas fait qu’interdire (comme la France vient de le faire en… 2019 #maissisi #40ansderetard) elle a mis en place un paquet de dispositifs pour mettre en usage : développant la possibilité de parole des enfants, notamment. Il faut voir « Même qu’on naît imbattables » pour comprendre. A tel point qu’aujourd’hui il est là-bas impensable de considérer qu’un enfant n’a pas les mêmes droits qu’un adulte. C’est aussi inacceptable que de penser chez nous qu’un mec a le droit de taper sur sa meuf. Il y a une scène dans ce film, où l’on montre à des enfants suédois un épisode de super nanny, et où tout le monde est horrifié, juste horrifié. Chez nous, ça passe à 20h en divertissement. Cherchez l’erreur. (Et non ce ne sont pas des tyrans, arrêtez avec ça, vous avez Greta sous les yeux, nom d’une pipe).

Pourtant, avant la loi, toujours en Suède, il y avait la même proportion de gens prêts à affirmer qu’une petite fessée n’a jamais fait de mal à personne que chez nous. Et deux générations après, plus aucun. Comme quoi une politique proactive, ça change la donne.

La deuxième raison se sont ses parents.

On me dit souvent que j’ai des enfants faciles avec de chouettes personnalités. J’ai très fréquemment envie de répondre, pardon de hurler, que quand on n’utilise pas de violences contre ses enfants, ni physiques, ni psychologiques, et qu’on est là pour les aider à devenir ce qu’ils sont, en leur faisant confiance, en respectant leurs droits, leurs besoins et leurs libertés au même titre que les nôtres, c’est bien plus simple d’avoir des enfants qui vous font confiance, qui s’accordent avec vous et qui développent leurs talents propres. D’ailleurs à ce stade-là on ne les « a » pas, on les regarde juste et c’est magique.

Les parents de Greta Thunberg ne sont pas n’importe qui. Déjà, la famille est sensibilisée au changement climatique depuis le grand-père, et c’est donc la génération N+2 seulement qui arrive à l’efficacité. Ils disposent d’un privilège socioculturel, c’est évident (les deux parents sont artistes). Néanmoins, ce sont des gens qui ont très peu d’ego. Comprendre : qui ne font pas passer leur ego et leurs besoins avant les besoins de leurs enfants, ce qu’on nomme autrement « adultisme ». Et bien oui, voilà pourquoi je l’affirme : discours oblige, Greta Thunberg passe ses journées à répéter que tout ça, c’est de la faute des parents (de nous donc, pas des notres de parents, parce que mon ainé a 12 ans, donc clairement, je suis dans les parents, et si vous lisez, vous y êtes aussi, en tous cas au max dans 5 ans). Et ses parents ne se vexent pas… non ils sont avec elle, ils ont même écrit un livre ensemble sur le sujet. D’ailleurs, ils ne cherchent pas à capter l’attention qu’elle suscite. On ne les voit pas. Je suis sûre que ce ne serait pas si facile que ça pour moi, d’entendre tous les jours « c’est la faute de mes parents », il faudrait que je travaille dessus.

Ensuite la mère, Malena Ernman, a écrit un livre sur le syndrome d’Asperger de ses filles. Je m’en suis coltinée des extraits. En suédois – merci GoogleTrad. Ce n’est pas tout noir tout blanc. Mais en tous cas, quand vous en êtes à diffuser votre savoir sur la prise en charge du handicap dans votre famille, c’est que vous vous êtes sévèrement tourné.e vers vos enfants pour comprendre ce qu’ils vivaient. Je décide donc, et c’est arbitraire, vous n’êtes pas obligé de me suivre, que les parents de Greta appartiennent résolument à la famille des non-violents éducatifs – dans laquelle tout le monde se plante, mais tout le monde essaie, l’important c’est de chercher.

En France, on calme encore les colères à la douche froide. Alors un aspie dans une famille qui pratique les violences éducatives ordinaires, ça devient un enfant battu, tout simplement. Ou bien sa personnalité est complètement anéantie. Ou bien il/elle pète les plombs et devient destructeur. Et la palette entre les deux.

En tous cas, il/elle ne devient pas à 16 ans capable de mobiliser la une des principaux journaux des pays étrangers pour savoir si son voyage en voilier est réellement moins polluant ou non – participant ainsi à l’effet recherché, c’est-à-dire la médiatisation la plus large possible, quelqu’en soit les canaux – on les remercie sincèrement.

D’ailleurs, s’il lui venait à l’idée d’aller se poster devant le Palais Bourbon, 75007, avec un panneau de grève, en lutte ouvertement contre les adultes, et séchant l’école (ah mon dieu ! sécher l’école ! ce crime !), il/elle serait au commissariat du coin dans le quart d’heure, que dis-je, les cinq minutes. Voyez comment notre moderne Assemblée Nationale a traité l’enfant. Et voté le CETA en suivant (alors là chapeau, moi je dis, franchement, il fallait faire), y compris les pro-NVEO qui n’ont visiblement pas capté que des enfants éduqués avec le droit d’être eux-mêmes auraient envie d’avoir une espérance de vie, eux aussi. Et s’ils s’avéraient que ses parents le soutiennent, ils auraient l’assistante sociale pour évaluer leur capacité parentale chez eux dans la semaine, avec menace de placement des enfants (ben oui, ils ont séché l’école, c’est que les parents font défaut).

C’est vous dire à quel point la manière dont on considère la parole de l’enfant, dont on traite l’enfant, tout simplement, en Suède, diffère de la France, et j’aimerais bien qu’on le fasse remarquer, qu’on le crie partout en fait.

Pire : les ados qui grandissent, en France, dans des cadres similaires à celui de Greta Thunberg – NVEO, peu consumériste et environnementaliste, doivent gérer à son âge la différence sociale, et ça n’est pas facile. Ils sont donc moins disponibles.

Non, en France, pour que des adolescents en confiance osent prendre en charge leur planète en se désincarcérant des moules de pensées formatés dont ils héritent à un âge aussi tendre que Greta Thunberg, et sans être mis en taule ni raillé, il va falloir attendre encore deux générations. Sauf que dans deux générations, on n’a aucune idée de l’espérance de vie qu’ils auront, s’ils en ont une. Mais ce n’est pas grave. Il est urgent d’essayer quand même.
Voilà.

Alors tout ça, ce n’est pas pour être pessimiste, au contraire.

C’est pour toutes mes copines qui galèrent à mettre en place une éducation non violente dans des familles qui ne les soutiennent pas, des sociétés qui les traitent d’extrêmistes, des professionnels qui abusent de leur position d’autorité pour leur dire qu’elles sont dysfonctionnelles (alors que c’est eux qui le sont). Et qui pour certaines culpabilisent, parce que, la principale difficulté de la NVEO c’est que ça prend du temps, un max de temps (sérieux, une claque ça va bien plus vite que l’heure qu’il vous faudra pour arriver à faire sortir votre deuzan de cette émotion ravageuse et remettre son pilote en selle, en essayant lesmotsledessinlejeulerirelamusiqueletrucdelacopineetparfoisenpleurantvousmême).

… je me suis perdue, je reprends… donc certaines culpabilisent parce que cela leur prend tellement de temps, d’élever leurs mômes ainsi, qu’elles n’en ont plus pour aller vers le zéro déchet ou militer en collectif. Surtout si elles travaillent en plus. J’en connais même qui culpabilisent d’être épuisées.

Donc les filles (et je sais qu’il y a des gars dans le lot mais ils sont tellement peu nombreux que je vais continuer avec mon pluriel majoritaire féminin côté grammaire), ce que je voulais vous dire, et je l’ai écrit pour vous, c’est que ce que vous faites un boulot formidable. Incontournable.

Vous êtes les invisibles.

On ne parle pas de vos efforts, dans le monde dominant aujourd’hui, celui du travail. On ne parle pas non plus de vous dans les groupes liés à l’effondrement, la non-violence éducative n’est pas un axe de changement envisagé comme la permaculture, les transports, le logement, les collectifs… pourtant je suis persuadée que vous êtes la pierre angulaire qui rend tout le reste possible. La source. La racine.

Et avec vous, tous ceux qui font l’effort, hommes ou femmes parents, professionnels de santé, de l’éducation, oncles, tantes, sœurs et frères, cousins, cousines, voisins, voisines et j’en oublie.

Vous n’êtes pour rien dans le retard de deux générations que nous avons. Vous n’y êtes pour rien si interroger sa propre enfance est tellement douloureux que même les collapsonautes ne regardent pas du côté de l’enfance. Vous n’êtes pour rien dans la société patriarcale qui de toutes façons ne va pas valoriser comme héroïque tout ce qui touche à des langes. Pourtant héroïque, cela l’est. Il en faut du courage, pour continuer à prendre du temps pour se documenter, discuter sans relâche (car c’est dans la discussion à bâton rompu qu’on avance le plus, au grand dam des admins de groupes qui voient les mêmes posts revenir sans cesse)… alors que tout on autour, cela s’effondre, qu’on ne sait pas ce que nos enfants, ces prunelles de nos yeux, vivront, que ce sera de notre faute, quoiqu’on fasse, et qu’on vous met la pression chez les alternatifs pour ce que vous n’avez pas le temps de faire du côté de vos consommations ou de vos déchets, quand on ne vous culpabilise pas tout simplement d’avoir fait des enfants.

Alors… just go on. S’il vous plait.

Debout.

Et pour la culpabilité, la poubelle est sous l’évier. Non, désolée, ça se recycle pas et ça se composte pas non plus, faut jeter.

Photo : compte instagram de Greta Thunberg https://www.instagram.com/gretathunberg

Pour voir les passionnants débats sur la gestion de la culpabilité, retrouvez les commentaires de la publication sur facebook

Chronique d’avant l’apocalypse #3 – « l’invalidité supposée de la parole non-experte »

J’aimerais vraiment beaucoup vous parler de Greta Thunberg et de Fred Vargas, mais si je veux mettre dedans tout ce que j’ai à vous en dire, ça risque d’être vraiment trop long. Alors je fais un préliminaire sur les rapports de pouvoir dans le rapport au savoir. Ca va être un peu long, assez pénible, accrochez-vous, s’il vous plait, j’ai besoin de vous lecteurs.trices autant que l’inverse, sinon bien plus.

C’est une histoire de transaction.

Dans un système humain de petite taille – un groupe préhistorique, un petit village– quand on a besoin de la femme aux herbes, on sait où la trouver – ce qui est très utile pour la brûler quand on n’en a plus besoin – d’ailleurs. C’est le concept même du village : tout le monde se connait, du coup il est recommandé d’y aller doucement pour afficher son individualité intime, parce qu’il faut tenir la durée, avec les mêmes personnes, y compris l’inévitable proportion de détestables personnes – pardon de fragiles personnes – promptes à lancer des pierres qu’on va retrouver partout.

Dans un système humain complexe à plusieurs milliers/millions de personnes, où les interactions sont brèves, il est légèrement plus ardu de savoir qui est qui, et surtout qui sait réellement faire quoi et bien. Net avantage pour se sentir libre d’être soi-même, notamment pour celles et ceux qui sortent des normes du moment – on prend moins de cailloux – cela devient moins pratique quand il s’agit de trouver l’ORL de ses rêves – je pose ça là comme ça, pour mon tympan droit, s’il voulait bien se remettre en marche normalement avant la fin du mois d’aout ce serait sympa. Ou le garagiste. Ou l’avocat. Ou autre.

Oui, bon je connais ma socio, je sais que petit n’égale pas simple, mais là, on va au but, là. Donc, des millions d’individus à coordonner. Un truc simple, quoi.

En économie des transactions on vous dirait qu’il y plusieurs voies de régulation, entre autres la réputation, et la certification, le diplôme quoi. Et on tire derrière la pelote de tout le système de formation. C’est là que je veux en venir.

Diplomé.e. Certificat de savoir et de savoir-faire (le savoir être, pardon la manière d’être au monde et en relation avec les autres est de par chez nous malheureusement bien trop peu prise en compte).

Ce qui me chiffonne c’est que d’un système de coordination, on bascule facilement à la caste de sachants. Dans les systèmes régulés (ex. fonction publique) mais insérés dans une économie capitaliste, on en raréfie l’accès : les diplômés coutent cher, on va en financer le moins possible, tant que ça passe. Les examens deviennent concours. Pourtant, on n’aurait rien contre beaucoup plus d’infirmier.e.s, docteurs.oresses, enseignant.e.s. Un enseignant pour 15 élèves, ce serait cool, non ? Avec le taux de chômage, sûr qu’on trouve les candidat.e.s. Le problème, ce n’est pas l’absence de travail, c’est le partage du revenu – je m’égare.

Sur ce chemin, revenons à nos moutons, disposer du savoir tamponné permet de disposer du revenu, et l’humain étant ce qu’il est, socialisé comme il l’est, va avoir tendance à accumuler, consommer selon un statut social, qui demande plus d’argent, toujours plus… voilà pointer le privilège économique.
Vous êtes toujours là ? Je rajoute une dernière couche : avec la rivalité (du concours, notamment) les sachants en ont chié, grave, et ensemble. Avec la rareté, la souffrance au travail. Voyez les profs, les infirmier.e.s. On souffre ensemble, et on tient quand même. On partage un vécu que les autres ne peuvent imaginer. Voilà pointer la caste. Or quand on maltraite les personnes, enfants ou adultes, la capacité d’empathie s’émousse. Depuis ma difficulté, je ne peux plus percevoir la difficulté de l’autre, et je m’aigris. De là à ce que certains commencent à considérer qu’on leur doit un respect particulier, parce que les études, les responsabilités… et à se sentir encore plus maltraités si après ce qu’ils en ont chié, pour le service des autres, les « usagers » ne se comportent pas avec le respect attendu. Les autres ne font pourtant qu’en chier aussi, ailleurs. Mais plus personne ne sait rien de l’autre.

In fine quand on accumule privilège économique, effet de caste et empathie fracassée, on arrive au privilège tout court. Avec le privilège, l’habitude de l’exclusivité. Et le sentiment de supériorité. Si je le dis parce que j’ai la formation, je sais mieux que toi. Tu n’as pas le droit d’utiliser mon langage professionnel, tu ne sais pas le manier, le sens que tu y mets n’est pas le bon. Moi je sais quel le bon sens, et le mauvais. Toi, pas. Ah bon ? Personnellement je suis anarchiste. Dans ma réalité le sens est produit par les usages, il n’appartient à personne. Et les mots changent d’usage.

C’est le moment de revenir à la femme aux herbes. Il ne faut pas oublier que sans diplôme, la femme aux herbes reste la femme aux herbes. Et qu’il y en a légion, dans tous les domaines de savoir, d’autant plus facilement maintenant que l’accès aux savoirs est facilité par les internets, mook, échanges entre pairs etc. Des hommes aussi, c’est juste un exemple. Evidemment il est plus difficile de savoir qui est réellement compétent… il est parfois frustrant pour les compétents de ne pas disposer de l’autorité par simple affirmation… mais cela n’empêche pas la compétence d’exister hors des zones réservées aux sachants validés.
Résultat, cela les défrise, les officiels. Pas tous, seulement ceux dont l’ego est fragile. Ils se sentent agressés dans leur zone d’exclusivité, malgré tous leurs efforts (oui, mais ils ne peuvent plus percevoir l’effort des autres hors caste, là est le souci). Voyez les gynecos – pas tous hein – quand les féministes brandissent leur savoir collectif, nomment les violences gynecologiques et réclament d’autres pratiques. Voyez certains profs – pas tous hein – quand les parents nomment les troubles dys et autre neuro-atypicités. Voyez certains pédiatres – pas tous hein – quand certains parents se forment à l’allergo, pollution oblige. Bon ce sont des exemples tirés de mes préoccupations du moment, mais je suis sûre qu’on retrouve la même logique dans tous les corps de métier. Ou par exemple quand une historienne ou une adolescente prennent la parole sur le sujet climatique. Zone réservée ?

Parfois, souvent, ce sont des non-experts qui utilisent le mécanisme. Culture du chef bien intégré. Le chef doit être parfait – on le met au masculin, ça va avec l’imaginaire paternaliste du truc – super héros, sauveur, à peine humain. Je la croise tellement souvent dans mes accompagnements, l’attente du sauveur. Evidemment, ça n’existe pas : les personnes qui acceptent d’être mises à cette place-là ont si peu le droit aux émotions (synonyme de lynchage pour faillibilité) pour elles-mêmes qu’elles en deviennent des monstres, gourous et dictateurs impeccables. J’ai peu de pitié pour les gens qui attendent le chef : c’est très arrangeant, un chef de ce genre-là. Cela permet de se défausser de toute responsabilité, et de toute participation. On attend le chef. Mais celui-là il est pas comme je veux. Au final on reboucle, ce sont des personnes qui ne veulent pas changer leurs petites habitudes. Petits privilèges, mais même motif. Autant j’aime l’homo sapiens, autant j’ai peu d’illusion sur l’espèce.

C’est ainsi qu’on arrive à mon thème, « l’invalidité supposée de la parole non experte ». Ouf, il était temps.

Le reproche est toujours le même : cette personne n’est pas une experte du secteur, ce qu’elle dit n’est pas crédible.

Ben du coup, non.

Quand tu énonces cela, mon chéri, ma chérie, pardonne-moi cette familiarité, tout ce que tu nous donnes à voir, c’est que tu bénéficies d’un privilège et que ça te casse le cul de devoir l’abandonner.

Oui, j’en ai un peu marre d’être polie.

Voilà.

La prochaine fois, on pourra parler de Greta.

#chroniquesdavantlapocalypse
#invaliditésupposéedelaparolenonexperte

Chronique d’avant l’apocalypse #2

Pause ciné.
Oui, pause ciné.

Je vous ai laissé en plein suspens, eco-anxiété, comment fait-on, danser sous la pluie #toutça et voilà que je prends déjà un chemin de traverse. D’évitement peut-être.
Je me demande à moi-même si j’ai le droit de faire des pauses. Le changement climatique ne fait pas de pause, lui, l’accélération de la descente vers ce dans quoi mes gamins vont devoir vivre non plus, d’abord. Ensuite d’un point de vue cognitif, mon cerveau aime qu’un problème soit entièrement résolu avant de faire une pause, j’étais déjà comme ça gamine – et j’adorais les maths pour cela, parce qu’au niveau lycée, en maths, on arrive toujours à une solution. Extrêmement confortable. Alors que la philo, bon. A se demander ce que j’ai été faire en socio et en théo. Bref, passons.

Mais là, face aux enjeux envisagés, c’est tout simplement monstrueux. Et impossible, évidemment. Depuis que j’ai décidé d’y apporter ma petite pierre, je dévore des ressources, des échanges, mon mental fait des hauts et des bas en mode montages russes plusieurs fois par jour. Finalement, l’annonce à intégrer n’est pas si différente de celle d’un malade à qui l’on annonce une date limite à la fin de sa vie, avec une chance infime de, peut-être… là où tout son paradigme précédent était « vous ne savez ni le jour ni l’heure » (ce qui permet, au besoin, de ne pas trop y penser, en tous cas pas concrètement, là, tout de suite).

J’ai longtemps été visiteuse d’hôpital. Une des choses qui m’a toujours énormément touchée, émue, émerveillée, c’est la capacité de ces personnes « avec date limite » à vivre des instants suspendus et à faire rayonner autour d’eux quelque chose qui tient profondément à la vie, là où la mort s’installe. S’ils sont capables de cela, nous aussi.

Donc pause.

J’ai été au cinéma. Voir « Yesterday », de Danny Boyle, avec Himesh Patel, Lily James (sérieux… ? Lily James ? #potterhead) et Ed Sheeran.
Comme cela, ça a l’air banal, hein… le film de l’été, sur une idée avec un chouilla de magie, dans un monde où le collapse n’existe pas. Mais il ne faut pas oublier que je suis aussi maman, de trois, trois atypiques évidemment, dont le dernier dort tellement pas que j’en ai tiré la création de Nuits sans larmes, Parents debout – projet photographique dont je ne suis pas peu fière. Aller au ciné, c’est challenge. Avec le papa du Ptider en plus. Une belle réussite. La dernière fois c’était il y a 6 mois et c’était seule avec les grands. J’avais lu cela il y a longtemps, sur la parentalité, et je continue de trouver ça tellement vrai : quand tu as des enfants, tu as beau être en couple (s’il a tenu) t’es déjà en garde alternée #enfait.

Je m’égare.

Donc Yesterday, Dany Boyle. Je ne vous dis même pas la taille de ma liste de films à regarder en VOD. Jamais le temps, frustration de dingue. Je reviens. Bon, je fais ma vieille, Yersterday c’est pas Trainspotting, hein… mais c’était chouette. Je ne voulais pas trop en parler par peur de spoiler, mais à la manière d’aujourd’hui, ils ont mis tout le film dans la bande-annonce alors… je vous laisse regarder. Si vous voulez bien prendre la pause avec moi.

J’ai aimé l’intelligence de la construction derrière la légèreté apparente. L’aller-retour entre les thèmes disparus du monde pendant les 12 secondes de panne mondiale et le résultat de ses recherches sur google, je suis bon public, j’ai bien rigolé. La critique du rapport de l’art à la production… presque trop facile. Mais de voir un Ed Sheeran capable d’être mis en scène en train d’absorber quelques couleuvres m’a donné de l’optimisme sur les capacités de l’ego des stars de ce monde. Et puis les Beatles en patrimoine de l’humanité, ça me botte gravement. Quand j’ai sorti la tête du baroque familial qui m’avait prédestiné claveciniste, la première cassette (cassette !!!) que j’ai acheté en rébellion, c’était Let it be.
Par dessus tout, j’aime observer comme Harry Potter rentre dans une culture globale, devient référence. « ‘feel like Harry Potter after he defeated Voldemort ». Merci. Poudlard is my home.
Et puis, la chute est délicieuse.

Parenthèse.
Respirez.

Chronique d’avant l’apocalypse #1

J’ai décidé d’en faire des chroniques, et d’oser les partager avec vous, oui, vous derrière votre écran, qui avez appuyé sur « lire la suite » (quelle idée ! si vous aviez su…). Chroniques parce que la constance est mon chantier du moment, et que ça m’oblige. Apocalypse parce que c’est sincèrement mon état d’esprit du moment.

Il y a une montagne de choses dans ma tête, ça risque d’être désordonné, pardonnez-moi.

Disons qu’en cet été 2019, j’ai l’impression qu’une forme de conscience collective sur le « oh merde mais en fait, en vrai, c’est déjà trop tard » a pris forme. Je vis dans une bulle, comme tout le monde, mais disons, au moins dans la bulle. Mon éco-anxiété, tant que j’étais la seule de mon entourage à penser sérieusement apocalypse, je pouvais la gérer – c’est-à-dire vivre avec, faire pousser des enfants, aimer librement et planter un pommier (il revient, ce pommier, va falloir que le plante pour de bon). Ce qui n’est pas sans courage, ceux qui connaissent l’amie dépression comprendront.

En juillet 2019, je me suis pris violemment dans la figure que ce n’était plus possible. Je ne sais pas… comment vous faites, vous, avec ça ? Cela m’a abattue. Mais vraiment. Moralement, mentalement, physiquement. J’ai beaucoup dormi, pas mal pleuré aussi. Je me suis mise en colère contre ceux qui me disaient qu’il fallait que je me soigne – non en fait, il est parfaitement rationnel de déprimer à l’idée des 50 années qui viennent, c’est faire l’autruche qui est anormal. Mais faire peur, ça ne sert à rien. Et puis je n’ai pas envie de passer 50 ans à avoir peur. J’ai décidé d’aller au bout de la descente – nul ne parvient à l’aube sans passer par la nuit – et de laisser les étoiles s’aligner pour trouver quoi en faire. Je vais vite sur ce genre de chemin, je sais qu’on a du mal à me suivre. Mais j’ai bien envie que vous suiviez. J’ai bu un café avec une amie. Je vous raconterai. Et les chroniques sont nées.

Notez que le café, j’aurais pas dû. Je suis hyersensible à la caféine, du coup j’ai pas fermé l’oeil avant 5h du mat, laps de temps que mon pote Boris – celui que j’ai connu quand je militais à Europe-Ecologie, tous avec Eva, on se refait pas – a mis à profit pour publier un article sur la potentialité du mur dès 2027, ce qui n’a rien arrangé. Disons que je ce fut le creux et que les étoiles ont eu la gentillesse de s’aligner entre 5 et 7h, avant la tétée du matin.

Perso, ça me fait du bien d’écrire. J’espère que ça fera du bien à lire.

Du coup pour commencer, il faut comprendre comment ça marche dans la tête d’un.e hypersensible, hyperempathe, quand il/elle est conscient.e au quotidien que potentiellement, à la génération de ses petits-enfants, plus de la moitié des 8 milliards d’homo sapiens actuellement présents sur la planète pourraient avoir disparu. Et quand je dis la moitié je suis sympa. Parce qu’à +4 degrés, c’est 75% de l’humanité et à + 6 degrés…. personne n’a envie de savoir à quoi ressemble une crise à + 6 degrés.

Ne déprimez pas. Enfin si, si vous voulez, c’est fort utile. Mais, bref, c’est juste le point de départ. Dans ces chroniques, on va danser sous la pluie, et vivre avec le tonnerre en ligne de mire, je vous le promets.

Vivre avec l'écoanxiété

VICE donne la parole à des gens qui vivent l’écoanxiété, l’anxiété liée aux changements climatiques, qui cause un sentiment de profonde tristesse comparable au deuil.Lire plus : http://bit.ly/2UVI4Lt

Gepostet von VICE Québec am Freitag, 12. April 2019

-Anto

Lien original de la vidéo :

https://www.vice.com/fr/article/qv74kb/ils-souffrent-decoanxiete-et-cest-plutot-chiant

dessin_toanipics-10-au_trait

Que vos choix reflètent vos espoirs, et non vos peurs - Nelson Mandela ... et votre regard itou, parce qu'en ce moment on en a bien besoin - Ma Pomme

Contact Info

54 rue Fernand Rambert - 13190 Allauch - France

+33 6 88 39 60 84
contact@toanipics.fr

Horaires : sauvages et irréguliers. Essayez :)

Copyright thème ARK FRESHFACE ©  All Rights Reserved Copyright dessins : Boris Béalu aka Bobodesign