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Les mondes d'Anto

Le site est en complet chantier, et comme je dois rafraichir mes compétences en CMS de 10 ans, ça va prendre un peu de temps. Je vous remercie pour votre patience... et vous recommande mes comptes facebook et instagram en attendant.

J’aimerais vraiment beaucoup vous parler de Greta Thunberg et de Fred Vargas, mais si je veux mettre dedans tout ce que j’ai à vous en dire, ça risque d’être vraiment trop long. Alors je fais un préliminaire sur les rapports de pouvoir dans le rapport au savoir. Ca va être un peu long, assez pénible, accrochez-vous, s’il vous plait, j’ai besoin de vous lecteurs.trices autant que l’inverse, sinon bien plus.

C’est une histoire de transaction.

Dans un système humain de petite taille – un groupe préhistorique, un petit village– quand on a besoin de la femme aux herbes, on sait où la trouver – ce qui est très utile pour la brûler quand on n’en a plus besoin – d’ailleurs. C’est le concept même du village : tout le monde se connait, du coup il est recommandé d’y aller doucement pour afficher son individualité intime, parce qu’il faut tenir la durée, avec les mêmes personnes, y compris l’inévitable proportion de détestables personnes – pardon de fragiles personnes – promptes à lancer des pierres qu’on va retrouver partout.

Dans un système humain complexe à plusieurs milliers/millions de personnes, où les interactions sont brèves, il est légèrement plus ardu de savoir qui est qui, et surtout qui sait réellement faire quoi et bien. Net avantage pour se sentir libre d’être soi-même, notamment pour celles et ceux qui sortent des normes du moment – on prend moins de cailloux – cela devient moins pratique quand il s’agit de trouver l’ORL de ses rêves – je pose ça là comme ça, pour mon tympan droit, s’il voulait bien se remettre en marche normalement avant la fin du mois d’aout ce serait sympa. Ou le garagiste. Ou l’avocat. Ou autre.

Oui, bon je connais ma socio, je sais que petit n’égale pas simple, mais là, on va au but, là. Donc, des millions d’individus à coordonner. Un truc simple, quoi.

En économie des transactions on vous dirait qu’il y plusieurs voies de régulation, entre autres la réputation, et la certification, le diplôme quoi. Et on tire derrière la pelote de tout le système de formation. C’est là que je veux en venir.

Diplomé.e. Certificat de savoir et de savoir-faire (le savoir être, pardon la manière d’être au monde et en relation avec les autres est de par chez nous malheureusement bien trop peu prise en compte).

Ce qui me chiffonne c’est que d’un système de coordination, on bascule facilement à la caste de sachants. Dans les systèmes régulés (ex. fonction publique) mais insérés dans une économie capitaliste, on en raréfie l’accès : les diplômés coutent cher, on va en financer le moins possible, tant que ça passe. Les examens deviennent concours. Pourtant, on n’aurait rien contre beaucoup plus d’infirmier.e.s, docteurs.oresses, enseignant.e.s. Un enseignant pour 15 élèves, ce serait cool, non ? Avec le taux de chômage, sûr qu’on trouve les candidat.e.s. Le problème, ce n’est pas l’absence de travail, c’est le partage du revenu – je m’égare.

Sur ce chemin, revenons à nos moutons, disposer du savoir tamponné permet de disposer du revenu, et l’humain étant ce qu’il est, socialisé comme il l’est, va avoir tendance à accumuler, consommer selon un statut social, qui demande plus d’argent, toujours plus… voilà pointer le privilège économique.
Vous êtes toujours là ? Je rajoute une dernière couche : avec la rivalité (du concours, notamment) les sachants en ont chié, grave, et ensemble. Avec la rareté, la souffrance au travail. Voyez les profs, les infirmier.e.s. On souffre ensemble, et on tient quand même. On partage un vécu que les autres ne peuvent imaginer. Voilà pointer la caste. Or quand on maltraite les personnes, enfants ou adultes, la capacité d’empathie s’émousse. Depuis ma difficulté, je ne peux plus percevoir la difficulté de l’autre, et je m’aigris. De là à ce que certains commencent à considérer qu’on leur doit un respect particulier, parce que les études, les responsabilités… et à se sentir encore plus maltraités si après ce qu’ils en ont chié, pour le service des autres, les « usagers » ne se comportent pas avec le respect attendu. Les autres ne font pourtant qu’en chier aussi, ailleurs. Mais plus personne ne sait rien de l’autre.

In fine quand on accumule privilège économique, effet de caste et empathie fracassée, on arrive au privilège tout court. Avec le privilège, l’habitude de l’exclusivité. Et le sentiment de supériorité. Si je le dis parce que j’ai la formation, je sais mieux que toi. Tu n’as pas le droit d’utiliser mon langage professionnel, tu ne sais pas le manier, le sens que tu y mets n’est pas le bon. Moi je sais quel le bon sens, et le mauvais. Toi, pas. Ah bon ? Personnellement je suis anarchiste. Dans ma réalité le sens est produit par les usages, il n’appartient à personne. Et les mots changent d’usage.

C’est le moment de revenir à la femme aux herbes. Il ne faut pas oublier que sans diplôme, la femme aux herbes reste la femme aux herbes. Et qu’il y en a légion, dans tous les domaines de savoir, d’autant plus facilement maintenant que l’accès aux savoirs est facilité par les internets, mook, échanges entre pairs etc. Des hommes aussi, c’est juste un exemple. Evidemment il est plus difficile de savoir qui est réellement compétent… il est parfois frustrant pour les compétents de ne pas disposer de l’autorité par simple affirmation… mais cela n’empêche pas la compétence d’exister hors des zones réservées aux sachants validés.
Résultat, cela les défrise, les officiels. Pas tous, seulement ceux dont l’ego est fragile. Ils se sentent agressés dans leur zone d’exclusivité, malgré tous leurs efforts (oui, mais ils ne peuvent plus percevoir l’effort des autres hors caste, là est le souci). Voyez les gynecos – pas tous hein – quand les féministes brandissent leur savoir collectif, nomment les violences gynecologiques et réclament d’autres pratiques. Voyez certains profs – pas tous hein – quand les parents nomment les troubles dys et autre neuro-atypicités. Voyez certains pédiatres – pas tous hein – quand certains parents se forment à l’allergo, pollution oblige. Bon ce sont des exemples tirés de mes préoccupations du moment, mais je suis sûre qu’on retrouve la même logique dans tous les corps de métier. Ou par exemple quand une historienne ou une adolescente prennent la parole sur le sujet climatique. Zone réservée ?

Parfois, souvent, ce sont des non-experts qui utilisent le mécanisme. Culture du chef bien intégré. Le chef doit être parfait – on le met au masculin, ça va avec l’imaginaire paternaliste du truc – super héros, sauveur, à peine humain. Je la croise tellement souvent dans mes accompagnements, l’attente du sauveur. Evidemment, ça n’existe pas : les personnes qui acceptent d’être mises à cette place-là ont si peu le droit aux émotions (synonyme de lynchage pour faillibilité) pour elles-mêmes qu’elles en deviennent des monstres, gourous et dictateurs impeccables. J’ai peu de pitié pour les gens qui attendent le chef : c’est très arrangeant, un chef de ce genre-là. Cela permet de se défausser de toute responsabilité, et de toute participation. On attend le chef. Mais celui-là il est pas comme je veux. Au final on reboucle, ce sont des personnes qui ne veulent pas changer leurs petites habitudes. Petits privilèges, mais même motif. Autant j’aime l’homo sapiens, autant j’ai peu d’illusion sur l’espèce.

C’est ainsi qu’on arrive à mon thème, « l’invalidité supposée de la parole non experte ». Ouf, il était temps.

Le reproche est toujours le même : cette personne n’est pas une experte du secteur, ce qu’elle dit n’est pas crédible.

Ben du coup, non.

Quand tu énonces cela, mon chéri, ma chérie, pardonne-moi cette familiarité, tout ce que tu nous donnes à voir, c’est que tu bénéficies d’un privilège et que ça te casse le cul de devoir l’abandonner.

Oui, j’en ai un peu marre d’être polie.

Voilà.

La prochaine fois, on pourra parler de Greta.

#chroniquesdavantlapocalypse
#invaliditésupposéedelaparolenonexperte

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