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Les mondes d'Anto

Le site est en complet chantier, et comme je dois rafraichir mes compétences en CMS de 10 ans, ça va prendre un peu de temps. Je vous remercie pour votre patience... et vous recommande mes comptes facebook et instagram en attendant.

Cette chronique me tient vraiment à cœur. J’ai été jusqu’à lire des extraits de bouquins en suédois pour, alors, si jamais vous allez au bout et qu’elle vous parle aussi, aidez-moi à la diffuser, s’il vous plait. Je rêve vraiment qu’on en parle, de cela.

« Cela » c’est le climat – non, non, je suis désolée, ça va pas le faire, je reprends – c’est l’ambiance dans laquelle elle a grandi. Mais c’est dingue, quand même. Personne en France ne semble se demander comment Greta Thunberg est simplement possible. En même temps, c’est assez logique. Il y a plusieurs indices, pourtant, et à les lire, je suis sûre que mes copines vont réagir :

– Greta Thunberg a grandi en Suède
– Elle est parfaitement autonome (plus autonome que ça tu meurs)
– C’est une fille, elle a 16 ans, elle a un syndrome d’Asperger, et elle est diagnostiquée
– Mieux : elle est parfaitement capable d’en parler, de faire avec, de s’en servir

Vous le voyez mieux là ?

Non ? Bon, j’explicite.

Greta Thunberg est une adolescente capable d’affronter une réalité absolument terrifiante, sans déni, de dépasser la dépression, de réagir en allant défier seule un système social établi et d’entrainer avec elle des millions de personnes – tout en se mettant à dos tout ce que les sociétés occidentales comportent de sexistes, adultistes, handicapophobes et évidemment climatosceptiques ayant beaucoup à perdre, pouvoir, richesse, confort, s’il leur fallait réellement se soucier du climat – ce qui en soi est une validation. Je connais peu d’adultes avec les mêmes capacités, intactes.

Bien. J’essaie de l’amener doucement.

Greta Thunberg a une personnalité unique et un courage incroyable, mais elle est aussi le produit d’une société. On a les générations qu’on mérite.

Premier point : la sacro-sainte autonomie. « Tu l’habitues mal, il/elle ne deviendra pas autonome ». Dans la mesure où la Suède a aboli les violences sur enfants sous toutes leurs formes en 1979, autrement dit que Greta est l’enfant jamais frappée ni mise sous pression psychologique de parents qui eux-mêmes ont été épargnés, on peut facilement affirmer qu’elle a grandit sans la fameuse claque soit-disant salutaire, et très probablement sans séparation précoce d’avec ses figures d’attachement – mère et père visiblement – dans sa petite enfance. Et elle est clairement autonome. Alors défendez sans soucis votre éducation permissive, non violente, mettant les enfants sur un pied d’égalité avec les adultes, et dormez avec si ça vous chante pendant le temps que vous voulez… tout ce que vous risquez c’est qu’ils prennent un bateau sans vous pour sauver le climat dans peu d’années. Vous allez voir, ça va vous aider pour le prochain repas de Noël, notez-le dans un coin. Evidemment, vous allez lever le débat sur le climat avec l’exemple, et je ne suis pas certaine que ce soit plus reposant, mais on ne peut pas tout avoir.

Bon ça, c’est reglé.

Maintenant, le spectre autistique et le syndrome d’Asperger. Il faut savoir que le syndrome d’Asperger (autisme sans déficience intellectuelle, #jerésume, les aspie pardonnez-moi la réduction) est bien mal diagnostiqué de par chez nous d’une manière générale. Les parcours sont déments, les diagnostics tardifs, et une partie de la psychiatrie n’en a pas fini avec le pire de la psychanalyse en matière de culpabilisation des mères – en particulier, mais punaise, qu’ont-ils tous avec leurs mères ? – comme responsables des troubles de leurs enfants. Mais chez les filles, c’est encore pire. Parce que les filles sont socialisées davantage pour se conformer et ne pas dépasser, ou pour des raisons génétiques, je vous avoue, je ne suis pas une pro, en tous cas le résultat est que les formes de l’Asperger sont encore plus compensées chez elles, et prennent des visages qui paraissent bien plus acceptables. Par exemple une passion pour le cheval tout en se retrouvant toujours le bouc émissaire du groupe, bon, mais les filles et le cheval, hein et puis c’est un milieu très compétitif alors… alors on passe à côté. Et les gamines compensent. Et puis un jour, adultes, elles mettent des mots et… allez voir les blogs, c’est édifiant. Décoiffant même.

Petite parenthèse perso, moi qui suis maman d’un petit qui a autour de lui orthophoniste, pédopsy et psychomot à l’occasion, lesquels ne sont pas d’accord entre eux sur le diagnostic, Asperger ? TDA sans H ? ou juste dys ? … et à qui on a déjà dit que c’était moi qui produisait les symptômes – et aussi que le collègue était un brêle – je peux vous dire que c’est vraiment galère. Et pourtant c’est un garçon. Cela dit c’est un garçon vaguement iel, alors, peut-être #ceci #cela. Que c’est dur d’être concentrée sur un seul sujet. Je reviens.

Donc Greta Thunberg a non seulement été diagnostiquée, mais elle a été accompagnée d’une manière qui lui a permis d’être elle-même – et non de se shooter pour rentrer dans un moule – en développant une résilience que personnellement, j’envie.

A cela au moins deux raisons.

La politique de son pays. La Suède a interdit les violences ordinaires en 1979, je me répète, mais c’est important. Je n’étais même née. Punaise j’aurais pu éviter quelques coups et humiliations et mon frangin de l’eau froide. Elle n’a pas fait qu’interdire (comme la France vient de le faire en… 2019 #maissisi #40ansderetard) elle a mis en place un paquet de dispositifs pour mettre en usage : développant la possibilité de parole des enfants, notamment. Il faut voir « Même qu’on naît imbattables » pour comprendre. A tel point qu’aujourd’hui il est là-bas impensable de considérer qu’un enfant n’a pas les mêmes droits qu’un adulte. C’est aussi inacceptable que de penser chez nous qu’un mec a le droit de taper sur sa meuf. Il y a une scène dans ce film, où l’on montre à des enfants suédois un épisode de super nanny, et où tout le monde est horrifié, juste horrifié. Chez nous, ça passe à 20h en divertissement. Cherchez l’erreur. (Et non ce ne sont pas des tyrans, arrêtez avec ça, vous avez Greta sous les yeux, nom d’une pipe).

Pourtant, avant la loi, toujours en Suède, il y avait la même proportion de gens prêts à affirmer qu’une petite fessée n’a jamais fait de mal à personne que chez nous. Et deux générations après, plus aucun. Comme quoi une politique proactive, ça change la donne.

La deuxième raison se sont ses parents.

On me dit souvent que j’ai des enfants faciles avec de chouettes personnalités. J’ai très fréquemment envie de répondre, pardon de hurler, que quand on n’utilise pas de violences contre ses enfants, ni physiques, ni psychologiques, et qu’on est là pour les aider à devenir ce qu’ils sont, en leur faisant confiance, en respectant leurs droits, leurs besoins et leurs libertés au même titre que les nôtres, c’est bien plus simple d’avoir des enfants qui vous font confiance, qui s’accordent avec vous et qui développent leurs talents propres. D’ailleurs à ce stade-là on ne les « a » pas, on les regarde juste et c’est magique.

Les parents de Greta Thunberg ne sont pas n’importe qui. Déjà, la famille est sensibilisée au changement climatique depuis le grand-père, et c’est donc la génération N+2 seulement qui arrive à l’efficacité. Ils disposent d’un privilège socioculturel, c’est évident (les deux parents sont artistes). Néanmoins, ce sont des gens qui ont très peu d’ego. Comprendre : qui ne font pas passer leur ego et leurs besoins avant les besoins de leurs enfants, ce qu’on nomme autrement « adultisme ». Et bien oui, voilà pourquoi je l’affirme : discours oblige, Greta Thunberg passe ses journées à répéter que tout ça, c’est de la faute des parents (de nous donc, pas des notres de parents, parce que mon ainé a 12 ans, donc clairement, je suis dans les parents, et si vous lisez, vous y êtes aussi, en tous cas au max dans 5 ans). Et ses parents ne se vexent pas… non ils sont avec elle, ils ont même écrit un livre ensemble sur le sujet. D’ailleurs, ils ne cherchent pas à capter l’attention qu’elle suscite. On ne les voit pas. Je suis sûre que ce ne serait pas si facile que ça pour moi, d’entendre tous les jours « c’est la faute de mes parents », il faudrait que je travaille dessus.

Ensuite la mère, Malena Ernman, a écrit un livre sur le syndrome d’Asperger de ses filles. Je m’en suis coltinée des extraits. En suédois – merci GoogleTrad. Ce n’est pas tout noir tout blanc. Mais en tous cas, quand vous en êtes à diffuser votre savoir sur la prise en charge du handicap dans votre famille, c’est que vous vous êtes sévèrement tourné.e vers vos enfants pour comprendre ce qu’ils vivaient. Je décide donc, et c’est arbitraire, vous n’êtes pas obligé de me suivre, que les parents de Greta appartiennent résolument à la famille des non-violents éducatifs – dans laquelle tout le monde se plante, mais tout le monde essaie, l’important c’est de chercher.

En France, on calme encore les colères à la douche froide. Alors un aspie dans une famille qui pratique les violences éducatives ordinaires, ça devient un enfant battu, tout simplement. Ou bien sa personnalité est complètement anéantie. Ou bien il/elle pète les plombs et devient destructeur. Et la palette entre les deux.

En tous cas, il/elle ne devient pas à 16 ans capable de mobiliser la une des principaux journaux des pays étrangers pour savoir si son voyage en voilier est réellement moins polluant ou non – participant ainsi à l’effet recherché, c’est-à-dire la médiatisation la plus large possible, quelqu’en soit les canaux – on les remercie sincèrement.

D’ailleurs, s’il lui venait à l’idée d’aller se poster devant le Palais Bourbon, 75007, avec un panneau de grève, en lutte ouvertement contre les adultes, et séchant l’école (ah mon dieu ! sécher l’école ! ce crime !), il/elle serait au commissariat du coin dans le quart d’heure, que dis-je, les cinq minutes. Voyez comment notre moderne Assemblée Nationale a traité l’enfant. Et voté le CETA en suivant (alors là chapeau, moi je dis, franchement, il fallait faire), y compris les pro-NVEO qui n’ont visiblement pas capté que des enfants éduqués avec le droit d’être eux-mêmes auraient envie d’avoir une espérance de vie, eux aussi. Et s’ils s’avéraient que ses parents le soutiennent, ils auraient l’assistante sociale pour évaluer leur capacité parentale chez eux dans la semaine, avec menace de placement des enfants (ben oui, ils ont séché l’école, c’est que les parents font défaut).

C’est vous dire à quel point la manière dont on considère la parole de l’enfant, dont on traite l’enfant, tout simplement, en Suède, diffère de la France, et j’aimerais bien qu’on le fasse remarquer, qu’on le crie partout en fait.

Pire : les ados qui grandissent, en France, dans des cadres similaires à celui de Greta Thunberg – NVEO, peu consumériste et environnementaliste, doivent gérer à son âge la différence sociale, et ça n’est pas facile. Ils sont donc moins disponibles.

Non, en France, pour que des adolescents en confiance osent prendre en charge leur planète en se désincarcérant des moules de pensées formatés dont ils héritent à un âge aussi tendre que Greta Thunberg, et sans être mis en taule ni raillé, il va falloir attendre encore deux générations. Sauf que dans deux générations, on n’a aucune idée de l’espérance de vie qu’ils auront, s’ils en ont une. Mais ce n’est pas grave. Il est urgent d’essayer quand même.
Voilà.

Alors tout ça, ce n’est pas pour être pessimiste, au contraire.

C’est pour toutes mes copines qui galèrent à mettre en place une éducation non violente dans des familles qui ne les soutiennent pas, des sociétés qui les traitent d’extrêmistes, des professionnels qui abusent de leur position d’autorité pour leur dire qu’elles sont dysfonctionnelles (alors que c’est eux qui le sont). Et qui pour certaines culpabilisent, parce que, la principale difficulté de la NVEO c’est que ça prend du temps, un max de temps (sérieux, une claque ça va bien plus vite que l’heure qu’il vous faudra pour arriver à faire sortir votre deuzan de cette émotion ravageuse et remettre son pilote en selle, en essayant lesmotsledessinlejeulerirelamusiqueletrucdelacopineetparfoisenpleurantvousmême).

… je me suis perdue, je reprends… donc certaines culpabilisent parce que cela leur prend tellement de temps, d’élever leurs mômes ainsi, qu’elles n’en ont plus pour aller vers le zéro déchet ou militer en collectif. Surtout si elles travaillent en plus. J’en connais même qui culpabilisent d’être épuisées.

Donc les filles (et je sais qu’il y a des gars dans le lot mais ils sont tellement peu nombreux que je vais continuer avec mon pluriel majoritaire féminin côté grammaire), ce que je voulais vous dire, et je l’ai écrit pour vous, c’est que ce que vous faites un boulot formidable. Incontournable.

Vous êtes les invisibles.

On ne parle pas de vos efforts, dans le monde dominant aujourd’hui, celui du travail. On ne parle pas non plus de vous dans les groupes liés à l’effondrement, la non-violence éducative n’est pas un axe de changement envisagé comme la permaculture, les transports, le logement, les collectifs… pourtant je suis persuadée que vous êtes la pierre angulaire qui rend tout le reste possible. La source. La racine.

Et avec vous, tous ceux qui font l’effort, hommes ou femmes parents, professionnels de santé, de l’éducation, oncles, tantes, sœurs et frères, cousins, cousines, voisins, voisines et j’en oublie.

Vous n’êtes pour rien dans le retard de deux générations que nous avons. Vous n’y êtes pour rien si interroger sa propre enfance est tellement douloureux que même les collapsonautes ne regardent pas du côté de l’enfance. Vous n’êtes pour rien dans la société patriarcale qui de toutes façons ne va pas valoriser comme héroïque tout ce qui touche à des langes. Pourtant héroïque, cela l’est. Il en faut du courage, pour continuer à prendre du temps pour se documenter, discuter sans relâche (car c’est dans la discussion à bâton rompu qu’on avance le plus, au grand dam des admins de groupes qui voient les mêmes posts revenir sans cesse)… alors que tout on autour, cela s’effondre, qu’on ne sait pas ce que nos enfants, ces prunelles de nos yeux, vivront, que ce sera de notre faute, quoiqu’on fasse, et qu’on vous met la pression chez les alternatifs pour ce que vous n’avez pas le temps de faire du côté de vos consommations ou de vos déchets, quand on ne vous culpabilise pas tout simplement d’avoir fait des enfants.

Alors… just go on. S’il vous plait.

Debout.

Et pour la culpabilité, la poubelle est sous l’évier. Non, désolée, ça se recycle pas et ça se composte pas non plus, faut jeter.

Photo : compte instagram de Greta Thunberg https://www.instagram.com/gretathunberg

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