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Les mondes d'Anto

Le site est en complet chantier, et comme je dois rafraichir mes compétences en CMS de 10 ans, ça va prendre un peu de temps. Je vous remercie pour votre patience... et vous recommande mes comptes facebook et instagram en attendant.

L’Amazonie brûle.

Et puis, surtout, depuis trois semaines. Les forêts d’Afrique subsaharienne aussi. Et celles d’Indonésie. Celles de Sibérie il y a quoi… 15 jours ? avec un petit « accident nucléaire » sur une base militaire russe en option. Et l’an dernier ces incendies monstres au Canada.
Et puis c’est pas comme si on avait vécu dans l’été (de l’hémisphère Nord) le niveau de fonte des glaces du Groënland attendu théoriquement pour 2050, sans oublier la disparition de l’Okjökull, glacier islandais de 16 km2 il y a cent ans, le premier d’une longue liste de disparitions de glaciers annoncées. Avec chez nous deux canicules qui ont bien secoué les consciences, des fois qu’on aurait des doutes.

Je ne sais pas pour vous, mais chez moi, l’Amazonie qui flambe c’est légèrement (re)paralysant. Rapide retour de l’état de choc. Cette histoire de courbe du deuil n’est pas linéaire.

J’ai lu.

« L’Amazonie était-elle encore le poumon vert de la planète ? » – alors mec, dirait mon fils, je sais bien qu’il y a un fondement scientifique derrière la question, la-forêt-qui-n’était-plus-un-puits-à-CO2 (oui mais les émissions liées à l’incendie et le ravage de l’écosystème), mais c’est loin d’être le seul enjeu. L’Amazonie, je l’ai apprise à l’école, la plus grande forêt du monde, son fleuve immense, la canopée, le sol où la lumière ne pénètre pas, la timidité des arbres, les boas ( les boas ?) sans compter le marsupilami. L’endroit mythique où je n’irai jamais mais qui est quelque part à sa place, là, dans ma tête, et pas que dans la mienne, je vous signale qu’il y a un boa (un boa ?) dans le tome 1 de Harry Potter (il faudra que je vous parle d’Harry Potter aussi). Il n’y a pas que les arbres qui brûlent, c’est une part de l’imaginaire qui part en fumée avec, ce « j’ai connu une époque » qui ne sera plus. Bien sûr tout change, rien n’est stable, tout ce à quoi on s’attache disparait, toujours. Cela ne veut pas dire qu’on est habitué.e.

J’ai encore lu.

Est-ce que ça accélère le scénario ou l’Amazonie devient savane ? Sachant qu’il fait de toutes façons partie de l’hypothèse à +3° ? Comment vont évoluer les écosystèmes ? Stooop ! Attendez. Je digère encore la possibilité du climat de Barcelone à Londres et de Canberra à Paris (et je vous la fais light).

Et puis j’ai lu l’impuissance politique et citoyenne. Non parce que, sérieusement, la catastrophe Bolsonaro contre l’Amazonie, c’est pas comme si c’était une découverte subite, non plus, n’est-ce pas ? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas un mécanisme juridique planétaire pour crime contre la planète ? Il faudrait du monde dans les services : y’a un paquet de dossiers d’industriels et de politiques à traiter. De quoi virer rêveuse à voir passer les publis anar tendance non pacifiste qui font remarquer que sur les continents américains, on a assassiné Kennedy, Luther King et Allende, mais pas Trump et Bolsonaro, allez comprendre… Mais je suis résolument pacifiste. Du côté de King et d’Allende.

Et enfin, l’épineuse question : le collègue qui partage-pleure un post sur l’Amazonie qui brûle (mieux : en colère parce que la couverture a été moindre que celle de l’incendie de Notre-Dame – je me permets parce que personnellement je l’ai fait) tout en mangeant de la viande à chaque repas, je lui démonte son post maintenant ou bien je vais juste faire un footing pour me détendre un chouilla ? Meuf (varions) dirait mon fils, moi dans ces cas-là, je lis de l’allemand à haute voix. Oui je sais, mais ça me relaxe.

Je rigole (jaune), mais au milieu ma pensée se (re)paralyse vraiment. Ai-je moralement le droit de prendre le temps d’écrire des mots, de travailler sur une critique complexe du dernier Tarantino, de fixer des photos sur la vie dans les EPHAD alors que l’Amazonie brûle ?
Je suis certaine que vous avez des questions similaires.

A ce moment-là, je repense à la pelote bien emmêlée qu’est tout ce bordel – concept ancré grâce à Fred Vargas, mais c’est promis, je vous parle d’elle bientôt – et je me dis qu’il est urgent de reprendre mon fil. Celui de la chronique #4. (Celles et ceux qui suivent auront noté que j’ai sauté la #5, je vous tiens en haleine -enfin si vous voulez, je ne force personne – la réponse est plus bas). Donc mon fil, je l’assure d’une boucle supplémentaire au poignet et je le tiens bien serré : on aide à faire grandir des enfants sans violence, avec une estime de soi et une capacité d’empathie, sur le chemin on change soi-même et tout s’enchaîne par cohérence. A temps ou pas, on verra bien, au moins, on aura essayé. Au fait, c’est quoi votre fil à vous ? Je suis curieuse.

Digression. En 2010, j’ai suivi en formation continue le formidable master Economie Sociale et Solidaire de Nadine et Francesca (Aix-Marseille 2), les anciens reconnaitront, qui a changé mes lunettes durablement, c’est le cas de le dire (et je n’ai PAS dit « développement » #préventiondelacritique). On y avait travaillé sur la question des circuits alimentaires. Je me rappelle très bien un phénomène dans le groupe, à propos des grandes surfaces qui donnaient leurs surplus aux associations d’aide alimentaire pour les personnes en situation de pauvreté, n’ayons pas peur des mots. Il était inaudible pour une partie des étudiants qu’on puisse questionner le système, en soulignant qu’il n’était qu’une prolongation du capitalisme libéral – à l’origine du problème. Oui je vous explique : ça permettait auxdites grandes surfaces d’éviter de payer pour la gestion de leurs déchets. Donc de faire des gains par évitement de coûts, sur le dos des pauvres. Pas sûr que ce soit si cool. « Mais les gens ont faim ! Heureusement que ça existe ! »
Résultat : ceux qui n’ont pas questionné à ce moment là doivent maintenant se coltiner l’effet de l’appli TooGoodToGo… de plus en plus de grandes surfaces donnent leurs surplus désormais via cette appli et non plus aux assos, logique hein (enfin dans la leur, de logique) : en plus d’économiser le traitement du déchet (toujours) elles peuvent désormais dégager une marge dessus, alors, forcément. J’ai vu dans les groupes fb des gens s’énerver parce qu’ils se sentaient culpabilisés par lesdites assos qui s’en plaignent, alors que, eux aussi, ils étaient presque pauvres et ne faisaient qu’essayer de s’en sortir et…. Guerre entre pauvres. Bravo. Joli. Effet systémique dans toute sa beauté. Le G7 se frotte les mains. Et il y a plus de personnes en situation de pauvreté (parce que l’état économique ne détermine pas les personnes) aujourd’hui qu’il y a 10 ans.

D’où mon propos, suivez-moi : même au cœur de l’urgence, on a toujours – il est vital de s’accorder – le droit de penser complexe. De prendre le temps du recul. De remettre en question les fondements. D’interroger les solutions là où elles accrochent et même si, j’insiste, l’urgence est absolue. Si l’on vous dit, n’importe où, que la situation est trop urgente pour penser, réflexe, interrogez le système. Même si c’est un système de solution. Vous avez le droit.

Du coup un jour, en plus de Vargas et de Harry Potter, je vais vraiment vous parler du dernier Tarantino, même si c’est suicidaire du point de vue de la gestion de blog. C’est la chronique numéro #5 en fait, mais comme je l’ai sauvagement psychanalysé jusqu’à la moëlle, je spoile tout, alors, j’attends la fin de l’exploitation en salles.

Bref, si je reviens à nos moutons, mais je crois bien que j’ai perdu le troupeau, les réseaux sociaux poussent à la brièveté, tout dans la première phrase, pression à respecter le « format qui marche ». Mais, peuchère, est-ce à nous de rentrer dans le format de facebook ? Est-ce qu’on peut sérieusement penser l’Amazonie qui brûle en trois lignes ? Avec ce qu’elle représente ?
Dans l’urgence, il est urgent de s’accorder du temps. C’est un chouette paradoxe, du genre dont on a bien besoin en ce moment. Et de hacker la logique des réseaux en les transformant, eux, en nos outils, plutôt que nous, en leurs produits.

Alors oui, vous allez pendant longtemps pouvoir me dire que mes textes sont longs. Cela me dit surtout votre habitude d’un certain formatage. Complexifions. Si vous êtes arrivé.e.s jusque là, c’est que vous en avez besoin autant que moi.

L’Amazonie brûle. Levez les yeux, prenez une photo du ciel. Eventuellement, postez-là dans le groupe Ciels ! Skies ! Dans ces moments-là je n’ai rien trouvé de mieux pour confronter l’écrasant sentiment d’impuissance.

Photo : #Allauch, 22/08/02019 20h00

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