Nuits sans larmes, parents debout (et cernés) - l'association

Noctambule[s] tabou - l'exposition

En 2017, je me suis retrouvée à la croisée des chemins. Mon troisième enfant et son (absence de) sommeil, avec sa maladie chronique et ses allergies m'avaient fait découvrir des abimes d'épuisement inexplorés depuis sa naissance deux ans auparavant, en même temps qu'il avait ranimé ma militance pour une éducation non violente (même la nuit et même dans l'épuisement). Des centaines d'heures d'échange avec des parents dans la même galère avait constitué un noyau de familles prêtes à se rendre visibles sur le sujet. Mon expérience de gestion associative m'amenait à un point où je connaissais bien les motifs et la trame de l'action collective. Et mon appareil photo attendait que je me nomme photographe.

A la croisée des lignes j'ai monté Nuits sans larmes, association support d'un projet photographique, où, dans un road trip de l'intime, j'ai visité 27 familles en 9 mois pour montrer un autre visage de la normalité des nuits des tous petits. Financée par un crowdfunding ayant réuni 300 personnes, suivi par 3500 soutiens, le projet a été animé par un collectif pendant un an, créant au passage des ponts avec la psychiatrie périnatale et un groupe de soutien en parentalité. Les droits d'exploitation des photographies ont été cédés à l'association.

A visiter l'intime on rencontre parfois des surprises. J'y ai rencontré la violence psychologique, et la violence psychologique faisait partie de mon conseil d'administration. J'ai découvert avec stupeur que dans ce joli monde 'bienveillant' les menaces et la diffamation ne faisait pas peur à certains, la tentative d'appropriation du travail d'autrui sans vergogne non plus. La gouvernance initiale de l'association a volé en éclat, au moment même où l'exposition prenait son envol, avec succès, au Palais des Papes, à Avignon. Vécu paradoxal et décembre en enfer. J'attends avec une impatience certaine de savoir si je me suis fait purement et simplement pomper mon travail par une société capitalistique qui aura monté un projet à 100k€ en rémunérant la famille au passage sur mon dos, celui de l'association et des parents épuisés et bénévoles, ou juste pas complètement. Rappel du réalisme que j'avais voulu oublier, plongée que je l'étais dans le monde de l'enfance.

2019 a donc été l'année des premiers voyages de l'exposition - Avignon, Marseille, Nantes, Moulins, Tours, des crèches, des centres sociaux des cafés associatifs et la fac de médecine -  et de la reconstruction associative. Au-revoir aux nominations et débats informels, bonjour aux élections, CA mensuels et AG IRL. En 2020 l'exposition part au-devant de Toulouse, Bordeaux, Bruxelles... elle touche, et elle touche beaucoup. Parce qu'elle ne fait pas la morale, que les familles y sont multiples et fatiguées, que les textes de Raphaëlle, commissaire d'exposition, résonnent juste avec mes photos, elle touche les familles, les pros de la petite enfance mais aussi les médecins.

Une toute petite expo, finalement, mais une très grande fierté.